samedi 7 juillet 2007
Après Zoé au piano, Zoé au basket, voici Marius au rugby. Ces photos ont été prises lors du dernier tournoi de l'année. Marius adore jouer. Il est toujours à fond.
Les vacances sont enfin là. On part mardi en métropole; Olivier y est déjà. L'année prochiane s'annonce sous de nouvelles auspices: les enfants changent d'école et moi je passe au lycée !
Bonnes vacances à tous.
Cécile
vendredi 22 juin 2007
Spectacles de fin d'année
Mercredi 20 juin, pour célébrer la fête de la musique, l'atelier musical Al Coda organisait une après midi pendant laquelle les élèves ont joué ensemble différents morceaux. Notre pauvre Zoé n'avait pas la grande forme. Elle n'avait pas dormi la nuit précédente à cause d'une méchante gastro et s'était même vidé le ventre juste avant de rentrer dans la voiture. Pourtant, en aucun cas, elle n'a voulu annuler sa prestation. Alors un peu pâlote et plutôt faible, elle a joué. On était très fier car elle a très bien joué, n'a jamais fait d'erreur. Elle a participé sérieusement et avec plaisir, prenant parfois le micro avec des copines pour chanter.
Je ne sais pas si elle est particulièrement douée pour la musique, mais je sais qu'elle y prend beaucoup de plaisir et que ça l'aide à prendre confiance en elle. Elle se dit d'ailleurs que si elle est bonne en musique et en solfège, c'est qu'elle a un esprit matheux, ce qui la rassure; Sa maitresse de l'an dernier l'avait stigmatisé de "non matheuse". A 8 ans, c'était un verdict un peu brutal et insensé mais bon...
C'était donc très bien. Voilà quelques photos.
Cécile
mardi 12 juin 2007
Zoé au basket
Comme vous le savez Zoé a commencé le basket cette année. Elle a participé avec son équipe à plusieurs tournois. Le dernier a eu lieu ce dimanche à Saint Louis et Olivier a pris quelques clichés. Les filles n'avaient pas la forme et n'ont gangé aucun match, faute à des parents irresponsables qui font des soirées les veilles de match et couchent leurs sportives un peu tard (pardon). Mais lors du dernier tournoi, elles avaient tout gagné ! Voilà donc Zoé avec son équipe et ses copines Lola et Clara.
Cécile
vendredi 1 juin 2007
La bas si j'y suis
C’est l’histoire terrible d’une centaine de femmes, les dernières couturières du nord , héritières d’un passé prestigieux de la haute couture française. Elles sont modestes, petites mains habiles qui façonnent depuis des années les costumes d’Yves Saint Laurent ou d’autres marques de luxe.
Mais leur entreprise a un nouveau donneur d’ordre : LVMH, dont le PDG est l’illustre Bernard Arnaud, un homme dont on a du mal à évaluer sa fortune, la première de France. Sachez seulement qu’il gagne 13000 euros la journée ! Et celui ci soucieux de la rentabilité extrême de son affaire a jugé naturellement qu’il fallait délocaliser dans l’est de l’Europe. Nos petites mains nationales lui coûtent trop cher. Alors, fi des 147 femmes qui vont se retrouver sans travail, et vive l’augmentation des dividendes !
Mais ces couturières ne veulent pas abandonner. Elles luttent pour garder leur boulot, pour conserver leur petite vie qu’elles ont à coup d’aiguilles et de ciseaux durement construite. L’une d’entre elles a eu la géniale idée de devenir actionnaire. Elle s’est rendue à la banque pour acheter une seule et modeste action. Elle a obtenu ainsi son passeport pour participer à l’assemblée générale des actionnaires et rencontrer Bernard Arnaud.
Et la voilà partie avec ses copines à l’assaut de la capitale et de LVMH. Deux bus pleins : les petites mains chantent, crient, s’applaudissent ; Elles sont gaies et déterminées. Marie Hélène, la petite actionnaire est prête, prête à affronter Bernard Arnaud.
L’assemblée générale se tient dans une grande salle du Louvre. Deux mille personnes sont attendues. Marie Hélène doit montrer plusieurs fois son invitation pour être enfin admise dans la grande famille de LVMH. Elle semble bien modeste aux côtés des dames enguirlandées de leurs plus grosses perles, sentant le Givenchy ou le Guerlain, accrochées à leurs petits sacs à main. Deux mondes se croisent.
Notre couturière ne trouve place qu’au fond de la salle. Bernard Arnaud trône sur l’estrade. Il décrit les courbes montantes, les profits qui sont faramineux ; Il parle de demain toujours plus beau, toujours plus riche. Au premier rang l’applaudissent ses amis : le frère Sarkozy, Lagardère et d’autres grands patrons français. Il parle et au fond, on l’entend peu malgré la présence de télés dans les allées. Certains petits actionnaires se sont même assoupis. Une petite sieste avant de récupérer la bouteille de Champagne, offerte par le magnat du luxe.
Puis c’est le moment des questions. Marie Hélène se porte volontaire. Mais elle n’a pas tiré le bon numéro. Elle ne peut pas poser sa question !
Alors, Marie Hélène, courageuse s’avance toute seule dans l’allée ; elle descend fièrement les marches et prend la parole. Elle semble toute petite. Deux milles personnes la regardent puis l’entendent. Marie Hélène explose. Elle apostrophe Bernard Arnaud. Avec son accent du nord, elle parle de ses copines, des 147 familles qui vont bientôt connaître le malheur du chômage ; elle supplie les actionnaires de réduire un peu les dividendes pour assurer la survie de son entreprise. Bernard Arnaud semble fâché. Qui ose lui gâcher sa fête ? Il répond cyniquement que l’assemblée générale n’est pas la place d’une syndicaliste. Il détourne la tête, tandis que Marie Hélène est poussée par de nombreux sbires du grand chef vers la sortie. Marie Hélène parlera jusqu’au bout, résistera à la pression, tentera de toucher ces hommes et femmes. En vain.
L’histoire de Marie Hélène a été racontée dans l’émission de "Là bas si j’y suis", mardi mercredi et jeudi dernier. Je vous invite vivement à l’écouter. C’est possible sur le site http://fr.wrs.yahoo.com/_ylt=A0geul7rB2FGJxcAxzFjAQx.;_ylu=X3oDMTE3MmFxOWJxBGNvbG8DZQRsA1dTMQRwb3MDMQRzZWMDc3IEdnRpZANmcnMwMDlfOQ--/SIG=11aiju0ma/EXP=1180850539/**http:/www.la-bas.org/. Faites le vite. Vous allez vibrer, vous mettre en colère, peut être même pleurer. J’en ai encore la chair de poule.
Bonne écoute !
Cécile
Mais leur entreprise a un nouveau donneur d’ordre : LVMH, dont le PDG est l’illustre Bernard Arnaud, un homme dont on a du mal à évaluer sa fortune, la première de France. Sachez seulement qu’il gagne 13000 euros la journée ! Et celui ci soucieux de la rentabilité extrême de son affaire a jugé naturellement qu’il fallait délocaliser dans l’est de l’Europe. Nos petites mains nationales lui coûtent trop cher. Alors, fi des 147 femmes qui vont se retrouver sans travail, et vive l’augmentation des dividendes !
Mais ces couturières ne veulent pas abandonner. Elles luttent pour garder leur boulot, pour conserver leur petite vie qu’elles ont à coup d’aiguilles et de ciseaux durement construite. L’une d’entre elles a eu la géniale idée de devenir actionnaire. Elle s’est rendue à la banque pour acheter une seule et modeste action. Elle a obtenu ainsi son passeport pour participer à l’assemblée générale des actionnaires et rencontrer Bernard Arnaud.
Et la voilà partie avec ses copines à l’assaut de la capitale et de LVMH. Deux bus pleins : les petites mains chantent, crient, s’applaudissent ; Elles sont gaies et déterminées. Marie Hélène, la petite actionnaire est prête, prête à affronter Bernard Arnaud.
L’assemblée générale se tient dans une grande salle du Louvre. Deux mille personnes sont attendues. Marie Hélène doit montrer plusieurs fois son invitation pour être enfin admise dans la grande famille de LVMH. Elle semble bien modeste aux côtés des dames enguirlandées de leurs plus grosses perles, sentant le Givenchy ou le Guerlain, accrochées à leurs petits sacs à main. Deux mondes se croisent.
Notre couturière ne trouve place qu’au fond de la salle. Bernard Arnaud trône sur l’estrade. Il décrit les courbes montantes, les profits qui sont faramineux ; Il parle de demain toujours plus beau, toujours plus riche. Au premier rang l’applaudissent ses amis : le frère Sarkozy, Lagardère et d’autres grands patrons français. Il parle et au fond, on l’entend peu malgré la présence de télés dans les allées. Certains petits actionnaires se sont même assoupis. Une petite sieste avant de récupérer la bouteille de Champagne, offerte par le magnat du luxe.
Puis c’est le moment des questions. Marie Hélène se porte volontaire. Mais elle n’a pas tiré le bon numéro. Elle ne peut pas poser sa question !
Alors, Marie Hélène, courageuse s’avance toute seule dans l’allée ; elle descend fièrement les marches et prend la parole. Elle semble toute petite. Deux milles personnes la regardent puis l’entendent. Marie Hélène explose. Elle apostrophe Bernard Arnaud. Avec son accent du nord, elle parle de ses copines, des 147 familles qui vont bientôt connaître le malheur du chômage ; elle supplie les actionnaires de réduire un peu les dividendes pour assurer la survie de son entreprise. Bernard Arnaud semble fâché. Qui ose lui gâcher sa fête ? Il répond cyniquement que l’assemblée générale n’est pas la place d’une syndicaliste. Il détourne la tête, tandis que Marie Hélène est poussée par de nombreux sbires du grand chef vers la sortie. Marie Hélène parlera jusqu’au bout, résistera à la pression, tentera de toucher ces hommes et femmes. En vain.
L’histoire de Marie Hélène a été racontée dans l’émission de "Là bas si j’y suis", mardi mercredi et jeudi dernier. Je vous invite vivement à l’écouter. C’est possible sur le site http://fr.wrs.yahoo.com/_ylt=A0geul7rB2FGJxcAxzFjAQx.;_ylu=X3oDMTE3MmFxOWJxBGNvbG8DZQRsA1dTMQRwb3MDMQRzZWMDc3IEdnRpZANmcnMwMDlfOQ--/SIG=11aiju0ma/EXP=1180850539/**http:/www.la-bas.org/. Faites le vite. Vous allez vibrer, vous mettre en colère, peut être même pleurer. J’en ai encore la chair de poule.
Bonne écoute !
Cécile
mardi 22 mai 2007
mercredi 16 mai 2007
Un nouveau jour de deuil
Aujourd’hui, est un nouveau jour de deuil. Cet après-midi, on enterre ma grand-mère paternelle. Elle est partie dimanche à 15 heures. Et me voici orphelin de mes ancêtres quand mes parents sont orphelins de leurs parents.
A 98 ans bien sonnés, elle en avait un peu assez de cette vie qui s’étirait. Elle passait ses journées dans une chambre médicalisée, dans une maison de retraite de Lodève. Du lit au fauteuil et du fauteuil au lit. Puis du lit au lit. D’un sommeil à l’autre et d’un souvenir au prochain.
Elle s’est endormie vendredi et ne s’est pas réveillée. Belle mort malgré tout. Après une vie rude à faire le ménage chez les autres. Une vie de prolétaire à gagner chichement de quoi s’occuper dignement de sa famille.
C’était une femme atypique ma grand-mère. Une espagnole de Valence débarquée tôt en France. Son nom de jeune fille – Encarnacion Hirrajo – était un rêve d’exotisme. Elle était « blonde aux yeux bleus » comme se plaît à dire mon père. Sauf que moi je l’ai toujours connue blanche. Avec une belle tignasse cotonneuse. Un visage un peu sévère mais beau, joliment buriné. Le teint halé. Et des yeux perçants, bleu électrique, qui vous fouillaient l’âme avant de se plisser dans un regard narquois, comme une invite au don de soi.
Alors, elle souriait. Puis elle tendait les bras et offrait ses joues roses en gage d’amour. Et les embrassades duraient une éternité. Car elle voulait en profiter ma grand-mère. Elle qui nous voyait si peu.
Je me souviens de sa petite maison tordue dans le vieux Lodève, près du petit pont de pierre qui enjambe la Lergue. Sa grande copine Mathilde habitait tout à côté. Je les imaginais faisant les 400 coups dans leur jeunesse. Moi, je ne les ai connues que vieilles.
Pour l’enfant que j’étais, la petite porte de bois qui donnait sur la cour renfermait bien des secrets. Dès lors qu’on l’avait poussée, on pénétrait dans un univers sombre et, à vrai dire, un peu angoissant. Ça sentait le rance et l’humidité. Des odeurs d’antan.
La petite cave au rez-de-chaussée fourmillait d’objets amassés au long des années. Il y faisait un noir presque complet. Je n’y entrais pas, la main solidement arrimée à la poignée, le cœur serré par la peur. Je préférais gravir quatre à quatre les marches de pierre qui menaient à l’étage. Là, je redécouvrais cette atmosphère rassurante des maisons d’enfance. Un petit fauteuil, une petite fenêtre, une grande table de bois. Et le buffet dans lequel papi Sylvestre cachait une petite boîte en fer blanc remplie de Zan.
Lorsque nous étions tous assis, mon papi se levait enfin pour en offrir un à chacun. C’était un drôle de bonhomme mon grand-père. Haut comme trois pommes, de corpulence et de santé fragiles. Il est mort en 1986, à 86 ans. Lui aussi avait sans doute « fait son temps ».
Je me souviens très précisément du moment où j’ai appris sa mort. C’était un matin de mes quinze ans, sans doute un samedi puisque ma mère faisait les courses tandis que mon père bricolait à la maison avec un ami. Je dormais quand le téléphone m’a réveillé. Mon père a décroché, enjoué comme à son habitude. Puis il y a eu un grand silence. Il s’est mis à parler bas et a très vite raccroché. Je sentais confusément que quelque chose se passait. Je suis sorti dans le jardin. Et j’ai vu mon père sangloter dans les bras de son meilleur ami...
Ce jour-là, j’ai perdu une petite part de mon enfance, une part d’insouciance que d’autres morts, ensuite, finiront d’épuiser.
Avant sa retraite, mon papi Sylvestre était teinturier dans une des multiples usines de draps qui faisaient alors la fierté de Lodève. Il avait aussi un petit bout de vigne. Pas grand chose. Juste de quoi s’occuper le dimanche. Ramasser quelques poireaux sauvages… Lorsque les usines ont fermé, il a été embauché par la Ville ; alors il a fait le cantonnier, puis l’éboueur.
Le secret en a été longtemps gardé ! Je ne le sais que depuis peu de temps. Comme si la pauvreté, en plus d’être difficile à vivre au quotidien, laissait une tache de honte sur le front de ceux qui viennent après.
Je me souviens de la sempiternelle casquette vissée sur sa tête. De son air vaguement inquiet. Il était taiseux, ne supportait pas le bruit. Il fallait éviter à tout prix d’élever la voix car cela le perturbait. Oh, il n’était pas méchant. C’était même la bonté incarnée. Toujours d’humeur égale, jamais soupe au lait. Plutôt soucieux que rien ne vienne entraver son train-train rassurant. Inquiet de nos vies. Inquiet d’un rien. Inquiet de tout.
Ma grand-mère donnait le change ! Bravache et gaie, dynamique et bavarde. Elle mettait son grain de vie dans la maisonnée. Quand nous arrivions, cela sentait généralement le civet de lapin. A peu près le seul plat qu’elle ait su faire. Au dessert, nous avions droit au Lodévois, savoureux gâteau de Chez Marc, le pâtissier du coin qui avait eu son heure de gloire en remportant le prix de Meilleur Pâtissier de France.
C’est vrai qu’elle n’était pas grande cuisinière ma grand-mère. Cela aussi la rendait atypique. A la maison, c’est sa propre mère, Grand-mère-la-vieille, comme on l’appelait, qui s’occupait des tâches domestiques, assurant les repas quotidiens, gérant la maison à sa main. Du coup, mamie Pioch avait du temps pour ses enfants : trois garçons et une fille.
Comme il était d’usage à cette époque, elle se montrait parfois sévère. J’ai toujours entendu dire que mon oncle avait raté une carrière de footballeur professionnel par sa faute. Lorsque les recruteurs sont venus chez elle, ma grand-mère a refusé de signer le petit bout de papier qui aurait peut-être tout changé. Elle trouvait que footballeur ce n’était pas un vrai métier. Moyennant quoi, mon oncle est devenu plombier. Et mon père a fait de même. A quoi ça tient tout de même !
Mon père, c’était le dernier garçon de la fratrie. Ma grand-mère lui passait tout ! Elle était la seule à pouvoir l’appeler « mon guitou » en lui serrant les joues entre ses doigts. Cela m’amusait et m’étonnait à la fois de voir mon père, cet homme robuste, dans la force de l’âge, redevenir un bambin dans les bras de sa mère.
Une fois (il était jeune alors) ses copains l’ont ramené après une soirée bien arrosée. A cette époque, il avait un blouson de cuir, une moto rutilante et des rouflaquettes aux joues. Ne connaissant pas la maison, ses copains l’ont jeté sur le lit des parents qui se sont retrouvés au milieu de la nuit avec leur petit guitou endormi. Ma grand-mère n’a pas bronché. Elle l’a porté dans son lit, l’a bordé et ne lui a rien dit.
Voilà. C’était ça, ma grand-mère. Une femme droite, honnête, intelligente. Et une mémoire d’éléphant. Elle demandait toujours de mes nouvelles quand mes parents lui rendaient visite ces derniers temps. Elle se souvenait sur le bout des doigts des prénoms de mes enfants.
A l’heure où j’écris ces lignes, le croque-mort la porte en terre. J’aurais aimé être là pour ces derniers instants. Mais je la quitte l’esprit apaisé car j’ai le sentiment de ne pas l’avoir «manquée». Je ne suis pas passé à côté d’elle. Je l’ai connue et aimée. En moi vit un peu d’elle. Elle me manquera mais son souvenir me remplit de joie.
Je vous embrasse.
Olivier
A 98 ans bien sonnés, elle en avait un peu assez de cette vie qui s’étirait. Elle passait ses journées dans une chambre médicalisée, dans une maison de retraite de Lodève. Du lit au fauteuil et du fauteuil au lit. Puis du lit au lit. D’un sommeil à l’autre et d’un souvenir au prochain.
Elle s’est endormie vendredi et ne s’est pas réveillée. Belle mort malgré tout. Après une vie rude à faire le ménage chez les autres. Une vie de prolétaire à gagner chichement de quoi s’occuper dignement de sa famille.
C’était une femme atypique ma grand-mère. Une espagnole de Valence débarquée tôt en France. Son nom de jeune fille – Encarnacion Hirrajo – était un rêve d’exotisme. Elle était « blonde aux yeux bleus » comme se plaît à dire mon père. Sauf que moi je l’ai toujours connue blanche. Avec une belle tignasse cotonneuse. Un visage un peu sévère mais beau, joliment buriné. Le teint halé. Et des yeux perçants, bleu électrique, qui vous fouillaient l’âme avant de se plisser dans un regard narquois, comme une invite au don de soi.
Alors, elle souriait. Puis elle tendait les bras et offrait ses joues roses en gage d’amour. Et les embrassades duraient une éternité. Car elle voulait en profiter ma grand-mère. Elle qui nous voyait si peu.
Je me souviens de sa petite maison tordue dans le vieux Lodève, près du petit pont de pierre qui enjambe la Lergue. Sa grande copine Mathilde habitait tout à côté. Je les imaginais faisant les 400 coups dans leur jeunesse. Moi, je ne les ai connues que vieilles.
Pour l’enfant que j’étais, la petite porte de bois qui donnait sur la cour renfermait bien des secrets. Dès lors qu’on l’avait poussée, on pénétrait dans un univers sombre et, à vrai dire, un peu angoissant. Ça sentait le rance et l’humidité. Des odeurs d’antan.
La petite cave au rez-de-chaussée fourmillait d’objets amassés au long des années. Il y faisait un noir presque complet. Je n’y entrais pas, la main solidement arrimée à la poignée, le cœur serré par la peur. Je préférais gravir quatre à quatre les marches de pierre qui menaient à l’étage. Là, je redécouvrais cette atmosphère rassurante des maisons d’enfance. Un petit fauteuil, une petite fenêtre, une grande table de bois. Et le buffet dans lequel papi Sylvestre cachait une petite boîte en fer blanc remplie de Zan.
Lorsque nous étions tous assis, mon papi se levait enfin pour en offrir un à chacun. C’était un drôle de bonhomme mon grand-père. Haut comme trois pommes, de corpulence et de santé fragiles. Il est mort en 1986, à 86 ans. Lui aussi avait sans doute « fait son temps ».
Je me souviens très précisément du moment où j’ai appris sa mort. C’était un matin de mes quinze ans, sans doute un samedi puisque ma mère faisait les courses tandis que mon père bricolait à la maison avec un ami. Je dormais quand le téléphone m’a réveillé. Mon père a décroché, enjoué comme à son habitude. Puis il y a eu un grand silence. Il s’est mis à parler bas et a très vite raccroché. Je sentais confusément que quelque chose se passait. Je suis sorti dans le jardin. Et j’ai vu mon père sangloter dans les bras de son meilleur ami...
Ce jour-là, j’ai perdu une petite part de mon enfance, une part d’insouciance que d’autres morts, ensuite, finiront d’épuiser.
Avant sa retraite, mon papi Sylvestre était teinturier dans une des multiples usines de draps qui faisaient alors la fierté de Lodève. Il avait aussi un petit bout de vigne. Pas grand chose. Juste de quoi s’occuper le dimanche. Ramasser quelques poireaux sauvages… Lorsque les usines ont fermé, il a été embauché par la Ville ; alors il a fait le cantonnier, puis l’éboueur.
Le secret en a été longtemps gardé ! Je ne le sais que depuis peu de temps. Comme si la pauvreté, en plus d’être difficile à vivre au quotidien, laissait une tache de honte sur le front de ceux qui viennent après.
Je me souviens de la sempiternelle casquette vissée sur sa tête. De son air vaguement inquiet. Il était taiseux, ne supportait pas le bruit. Il fallait éviter à tout prix d’élever la voix car cela le perturbait. Oh, il n’était pas méchant. C’était même la bonté incarnée. Toujours d’humeur égale, jamais soupe au lait. Plutôt soucieux que rien ne vienne entraver son train-train rassurant. Inquiet de nos vies. Inquiet d’un rien. Inquiet de tout.
Ma grand-mère donnait le change ! Bravache et gaie, dynamique et bavarde. Elle mettait son grain de vie dans la maisonnée. Quand nous arrivions, cela sentait généralement le civet de lapin. A peu près le seul plat qu’elle ait su faire. Au dessert, nous avions droit au Lodévois, savoureux gâteau de Chez Marc, le pâtissier du coin qui avait eu son heure de gloire en remportant le prix de Meilleur Pâtissier de France.
C’est vrai qu’elle n’était pas grande cuisinière ma grand-mère. Cela aussi la rendait atypique. A la maison, c’est sa propre mère, Grand-mère-la-vieille, comme on l’appelait, qui s’occupait des tâches domestiques, assurant les repas quotidiens, gérant la maison à sa main. Du coup, mamie Pioch avait du temps pour ses enfants : trois garçons et une fille.
Comme il était d’usage à cette époque, elle se montrait parfois sévère. J’ai toujours entendu dire que mon oncle avait raté une carrière de footballeur professionnel par sa faute. Lorsque les recruteurs sont venus chez elle, ma grand-mère a refusé de signer le petit bout de papier qui aurait peut-être tout changé. Elle trouvait que footballeur ce n’était pas un vrai métier. Moyennant quoi, mon oncle est devenu plombier. Et mon père a fait de même. A quoi ça tient tout de même !
Mon père, c’était le dernier garçon de la fratrie. Ma grand-mère lui passait tout ! Elle était la seule à pouvoir l’appeler « mon guitou » en lui serrant les joues entre ses doigts. Cela m’amusait et m’étonnait à la fois de voir mon père, cet homme robuste, dans la force de l’âge, redevenir un bambin dans les bras de sa mère.
Une fois (il était jeune alors) ses copains l’ont ramené après une soirée bien arrosée. A cette époque, il avait un blouson de cuir, une moto rutilante et des rouflaquettes aux joues. Ne connaissant pas la maison, ses copains l’ont jeté sur le lit des parents qui se sont retrouvés au milieu de la nuit avec leur petit guitou endormi. Ma grand-mère n’a pas bronché. Elle l’a porté dans son lit, l’a bordé et ne lui a rien dit.
Voilà. C’était ça, ma grand-mère. Une femme droite, honnête, intelligente. Et une mémoire d’éléphant. Elle demandait toujours de mes nouvelles quand mes parents lui rendaient visite ces derniers temps. Elle se souvenait sur le bout des doigts des prénoms de mes enfants.
A l’heure où j’écris ces lignes, le croque-mort la porte en terre. J’aurais aimé être là pour ces derniers instants. Mais je la quitte l’esprit apaisé car j’ai le sentiment de ne pas l’avoir «manquée». Je ne suis pas passé à côté d’elle. Je l’ai connue et aimée. En moi vit un peu d’elle. Elle me manquera mais son souvenir me remplit de joie.
Je vous embrasse.
Olivier
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